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    LÉGENDESSonny Anderson : « Après Bordeaux, on s’est dit on est champions »


    Publié le 04/05/2022 à 10:53 - LFPCapitaine de l'Olympique Lyonnais la saison du premier titre de champion de Ligue 1 en 2001/2002, Sonny Anderson revient sur cette grande saison marquée par une course-poursuite avec le RC Lens et un final en apothéose



    LÉGENDESSonny Anderson : « Après Bordeaux, on s’est dit on est champions »


    Publié le 04/05/2022 à 10:53 - LFPCapitaine de l'Olympique Lyonnais la saison du premier titre de champion de Ligue 1 en 2001/2002, Sonny Anderson revient sur cette grande saison marquée par une course-poursuite avec le RC Lens et un final en apothéose à Gerland.


    Lors de sa 3e saison lyonnaise, Sonny Anderson permet aux Gones d’atteindre le Graal avec le premier de ses sept titres consécutifs de champion de France de Ligue 1 Uber Eats, après avoir pourtant compté jusqu’à 8 points de retard sur le RC Lens. A présent consultant pour beIN SPORTS, le Brésilien revient pour nous sur ce premier sacre ô combien important dans l’histoire de l’Olympique Lyonnais, il y a 20 ans.

    Racontez-nous dans quelles circonstances vous avez choisi de revenir en France et plus précisément à l’OL à l’été 1999 ?
    Je venais de passer deux belles saisons au Barça avec deux titres de champion d'Espagne. Le club voulait que je reste mais Louis van Gaal m’a dit que je serais remplaçant derrière Patrick Kluivert. Du coup, j’ai décidé d’accepter la proposition de l’OL. Je suis venu pour le projet sportif après avoir discuté avec Bernard Lacombe (entraîneur), Jacques Santini (directeur sportif) et le président Jean-Michel Aulas. L’objectif était de bâtir un grand club à la fois au niveau français et européen et donc d’aller chercher des titres. Les dirigeants sont venus me chercher à Barcelone pour ça, pour aider à insuffler la culture de la victoire à l’OL. Il ne manquait qu’un petit quelque chose au club pour aller chercher le titre (3e en 98/99 et 99/00, 2e en 2000/01). J’ai été séduit à l’idée de construire quelque chose de grand à l’OL, de tenter de marquer l’histoire de ce club.

    Recrue star de l’ambitieux club lyonnais, ressentiez-vous une pression particulière ?
    J’ai signé à Lyon en étant blessé à la cuisse. On ne savait pas comme j’allais revenir de cette blessure à 29 ans. Il y avait un petit risque pour l’OL. Ensuite, j’étais parti du championnat de France par la grande porte (champion et vainqueur du trophée UNFP de meilleur joueur 96/97) et tout le monde connaissait ma façon de jouer mais c’était aussi un challenge pour moi de revenir et être performant, après y avoir réussi des belles saisons. Et cela d’autant plus dans un club qui n’avait pas encore la réputation de remporter des titres. Il me fallait refaire ce que j’avais réussi en Principauté. Mais c’était réalisable car le projet était ambitieux. Et j’avais de la confiance car je revenais dans un championnat que je connaissais parfaitement. Je savais ce qu’il fallait mettre en place pour réussir. Je n’avais pas besoin d’un temps d’adaptation en arrivant à Lyon.

    Est-ce que vous aviez ramené avec vous des bonnes pratiques de votre passage au Barça ?
    J’ai en effet demandé que les pelouses soient toujours arrosées, aussi bien à l’entraînement qu’en match. J’avais remarqué que cette pratique n’existait pas trop en France alors qu’elle était utilisée avec succès au Barça. Cela a permis de rendre notre jeu plus fluide et rapide à la maison. Et nous avons pris l’habitude de jouer avec un ballon qui allait beaucoup plus vite ! Nous en avons tiré un avantage à domicile où nous avons beaucoup gagné (l’OL a été invaincu à Gerland en 2001/02 avec 14 victoires et 3 nuls en 17 matchs).
    « Il y a eu une prise de conscience après la victoire en Coupe de la Ligue »


    Au-delà de votre leadership, comment avez-vous contribué à conduire l’Olympique Lyonnais jusqu’à son premier titre de champion de France de Ligue 1 ?
    Ce titre est arrivé dans la continuité de mes deux premières saisons, où j’ai terminé deux fois meilleur buteur de Ligue 1 (2000 et 2001). J’ai pris mes responsabilités pour que tout le monde puisse avoir confiance en moi dans l’optique du titre, que ce soit le public ou les dirigeants. Une fois que j’ai réussi cela, j’ai changé de fonctionnement. Avec la progression de l’équipe, qui avait fini sur le podium du championnat et joué la Champions League, il y a eu davantage d'ambition. Il y a aussi eu le recrutement de joueurs qui avaient envie de venir, comme Juninho, Caçapa et Edmilson. A présent, je ne me disais plus : « Il faut que je réussisse » mais « Il faut que nous réussissions ». Après avoir voulu marquer des buts, je voulais contribuer à construire une équipe pour le titre.

    Vous avez en effet un peu moins marqué lors de la saison du 1er titre (14 buts, contre 23 et 22 les deux premières saisons). En quoi votre rôle a-t-il changé ?
    En 2001/02, je suis devenu le capitaine de l’équipe. J’ai pris le brassard après la blessure de Florent Laville. J’étais du coup davantage dans un rôle de guide. J’avais la confiance du staff et des joueurs, qui savaient que j'avais gagné des titres avec Monaco, le Barça et Vasco de Gama, au Brésil. J’ai fait en sorte que tout le monde ait le même état d’esprit. Personne ne se prenait pour la star de l’équipe. Je ne jouais pas pour moi mais pour l’équipe.

    N'y avait-il pas tout de même des leaders dans le groupe ?
    Dans l’organisation, nous avions décidé cette saison avec Jacques Santini, devenu l’entraîneur, qu’il y aurait plusieurs cadres capitaines, sur lesquels les autres joueurs se reposeraient : Laville, Violeau, Delmotte, Coupet et moi. Cela a rendu notre effectif plus soudé.

    Trois autres Brésiliens sont arrivés après vous à l’OL pour contribuer à ce titre de 2002. Vous avez certainement joué un rôle dans leur intégration...
    Oui, cela a été plus simple pour eux de m’avoir. Je leur ai d’abord fait découvrir la ville de Lyon, par exemple où ils pouvaient se balader en famille. Et je leur ai parlé de l’OL. Cela leur a permis de s’intégrer rapidement et de ne pas se sentir seuls. Mieux connaître l’endroit où l’on va vivre est capital une fois sur le terrain car lorsque l’on se sent bien dans la tête, cela devient plus facile. Même pour Juninho, pour qui l’acclimatation a été un peu plus longue que pour les autres, cela n’a pas duré longtemps. Sur le terrain, le fait d’évoluer proche de lui a contribué à l’aider.

    Parlez-nous du fameux 4-4-2 de l’Olympique Lyonnais. Comment vous situiez-vous dans cette formation ?
    On jouait avec des faux ailiers. Un joueur comme Eric Carrière ne mangeait pas la ligne, il avait plus tendance à repiquer dans l’axe. Ça nous donnait plutôt quatre milieux axiaux. Pour ma part, j’ai toujours pris le temps de discuter avec les joueurs qui donnaient les ballons. Je voulais connaître leur façon de jouer et eux devaient comprendre comment me faire de bonnes passes. Il fallait chercher le bon tempo : quand faire les appels ou quand faire la passe à la sortie d’un dribble. On a réussi à bien se connaître assez facilement. Même chose avec Sidney Govou, mon coéquipier d’attaque. Je savais qu’il avait beaucoup d’énergie et d’activité donc j’adaptais mon jeu en fonction de ses qualités.






    En y réfléchissant 20 ans plus tard, qu’est-ce qui a fait la force de ce groupe ?
    La force du groupe a été la solidarité, ce lien entre nous tous. Toute la saison, nous avons conservé notre habitude de partager des moments ensemble, à cinq, six ou dix joueurs. Nous allions par exemple boire un verre après l’entraînement, même après les défaites. Nous avons toujours gardé en tête cet objectif du titre, même avec 8 points de retard sur Lens. Et nous voulions tous le bien de l’équipe. Par exemple, il pouvait y avoir des semaines où je n’étais pas bien et je ne m’entraînais pas. Aucun joueur ne venait se plaindre ou me dire quelque chose. Ils savaient que je répondais présent le jour du match.

    Quelle importance a joué votre titre en Coupe de la Ligue la saison précédente (2000/01) ?
    Psychologiquement, l’expérience de cette victoire nous a rendu plus forts. Quand on attend depuis des années un titre, c’est énorme de remporter la Coupe de la Ligue. Et tout de suite après, on s’est dit : « Ce n’est pas beau ce que l’on a vécu ? Et si on le faisait maintenant en championnat ! ». Il y avait cette envie de revivre cela, après une finale où Lyon n’était pas favori contre Monaco. Il y a eu une prise de conscience lors de cette finale : c’était comme cela qu’on pourrait être sacrés champions de France. Ce vécu nous a aussi aidé dans la course-poursuite avec Lens sur la fin de saison.

    Justement, le scénario de cette fin de saison fait partie de l’histoire de la Ligue 1. Quel en est aujourd’hui votre souvenir ?
    Je me souviens surtout qu’il fallait gagner les matchs pour garder espoir. Et on gagnait de partout ! (4 victoires sur les 5 dernières journées). C’est ce qui a déstabilisé Lens qui nous voyait grappiller des points. En regardant le calendrier, on voyait que l’on pouvait le faire car on jouait le dernier match contre eux à la maison. La pression était sur eux, pas sur nous. L’un des tournants a été le nul de Lens à Bollaert face à Troyes (0-0) à trois journées de la fin (qui permet à l’OL de revenir à deux points). Derrière, si on va gagner à Bordeaux, on a encore une chance pour le titre.

    Et l’OL réussit à s’imposer à Bordeaux (0-1), avec un but décisif de… Sonny Anderson !
    Après la victoire contre Bordeaux, on se dit : « On est champion de France », parce que l’on jouait une finale à domicile. Nous avions fait tout ce chemin pour que le dernier match de la saison soit une finale contre Lens. A ce moment-là, tu ne peux pas le lâcher. La motivation était encore plus grande. Pendant toute la semaine de préparation, nous avons emmagasiné de la confiance. Je repense à ce moment fort lorsque nous a été diffusée une vidéo de soutien de nos familles faite par le club.
    « On a fait venir le coiffeur pendant la mise au vert ! »


    Comment aviez-vous préparé cette « finale » contre le RC Lens à Gerland ?
    Il y a eu une mise au vert au château de Pizay, en Bourgogne. Et chose un peu spéciale pour une mise au vert, je me souviens que nous avions fait venir le coiffeur. Il fallait être beau pour ce match de gala ! Tous les jours, nous nous répétions qu’il fallait être champions, qu’il fallait gagner cette finale. On faisait chaque entraînement avec cet objectif en tête. On repensait à la finale de Coupe de la Ligue gagnée.

    Quel souvenir gardez-vous du jour J ?
    Nous étions à l’hôtel. Ensuite, il y a eu la promenade, le réveil musculaire, la causerie de Jacques Santini… Rien de spécial. A l’échauffement, nous avons vu les supporters avec une ambiance de fête. Il n’y avait alors plus qu’une envie : que le match commence ! Lens avait tout à perdre. Nous avons eu des faits de jeu en notre faveur. Sur le but de Govou, Warmuz glisse. Sur le but de Laigle, le ballon est contré par Wallemme et lobe le gardien. On n’a jamais pensé que l’on pouvait perdre ce match.

    Finalement, avant la rencontre, vous étiez presque dans une meilleure position que les Lensois, leaders pendant 21 journées…
    Nous savionsque Lens n’avait besoin que d’un nul pour avoir le titre. C’est une situation difficile à appréhender. Pour nous, c’était plus simple, nous devions attaquer. Et nous avons conservé ce principe de jeu. Sur ce match, il y avait Sidney avec moi devant, Pierre Laigle sur le côté, et Edmilson était en tribune. Le choix de Jacques Santini a été un important de mettre une charnière Caçapa-Müller. Il estimait que c’était plus efficace de les mettre sur ce match. Et Edmilson n’a pas fait la tête, il voulait le titre comme nous tous.

    Après la victoire 3-1 synonyme de titre de champion pour l’Olympique Lyonnais, il y a eu les festivités…
    Nous n’avons pas dormi pendant trois jours ! Normalement, après le dernier match de la saison, tout le monde part en vacances le soir-même. Forcément, pas dans ce cas. Nous avons fêté le titre à Saint-Tropez, invités par le président Aulas. C’était la première fois que l’on s’y rendait à la fin de saison. Pour l’anecdote, pendant ce séjour, nous avions disputé un match amical contre Monaco. A la mi-temps, on prenait 3-0… Dans le vestiaire, on s’est tous regardé, l’air de dire, ce n’est pas possible de perdre comme ça. Au final, on a fait 3-3 et j’ai mis un triplé (rires).

    Ce premier titre a finalement servi de dynamique pour la suite avec les sept titres de champions de France de suite de l’OL...
    En réussissant ce retour exceptionnel sur Lens, quelque chose est né. Ce n’était peut-être pas la meilleure équipe de l’histoire du club, mais c’était sans doute celle qui vivait le mieux, qui avait le plus de copains. A partir de ce titre, nous avons commencé à être craints par les autres équipes. Cela a amorcé la série lyonnaise.
    Dernière modification par whiteshark38, 06/05/2022, 19h15.

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  • InfosGones
    a répondu
    Si je me motive, je ferais un joli texte, du départ en train pour Bordeaux en J37, jusqu'au lendemain du Titre contre Lens.

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  • roicip
    a répondu
    Je me souviens que j'étais pas du tout habillé comme il faut. C'est arrivé avenue Jean Jaurès que je m'en suis rendu compte.

    Je n'ai pas du tout repensé à ça de toute la soirée, j'ai même fini en sueur à force de sauter et beugler.

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  • whiteshark38
    a répondu
    Envoyé par Eomer Voir le message

    C'est marrant mais apres le match on sentait plus du tout le froid
    Ouais enfin même pendant le match hein même le froid ne me faisait pas peur avec mon maillot gris europe trop grand floqué Edmilson.

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  • Eomer
    a répondu
    Envoyé par stadier Voir le message

    Grave, il faisait à peine 10 degrés je crois.
    C'est marrant mais apres le match on sentait plus du tout le froid

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  • Daymoon69
    a répondu
    Moi je supportai encore les sardines à l’époque du 1er titre…

    Il fallait que je la fasse en ce jour précis

    Sinon, j’étais des 15-20 bourricots à être aller voir Sonny apres l’annonce de sa venue
    De bons souvenirs avec pierrot Laigle, le maillot info grammes, pour moi, c’est le plus grand moment que j’ai connu à l’OL, le titre venait d’une certaine logique ou nous étions les plus forts mais cet événement pour moi, sonnait comme un séisme dans mon petit cœur lyonnais habitué à espérer max l’Europe, et là, on avait un des meilleurs attaquants mondiaux avec notre maillot….

    Incroyable

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  • stadier
    a répondu
    Envoyé par whiteshark38 Voir le message

    Par contre il me semble que cela caillait bien.
    Grave, il faisait à peine 10 degrés je crois.

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  • whiteshark38
    a répondu
    Envoyé par stadier Voir le message

    La pluie s'était arrêtée au coup d'envoi, c'était parfait
    Par contre il me semble que cela caillait bien.

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  • stadier
    a répondu
    Envoyé par roicip Voir le message
    Je me souviens aussi de la journée interminable avant d'aller au stade. J'étais en plus entourés de gens qui ne s'intéressaient pas du tout au foot, encore moins à l'OL. Ils ne comprenaient pas mon irritation et mon désintérêt total pour les conversations sur la météo et la politique (le lendemain, c'était Chirac-Le Pen). Je pense que j'ai jamais été aussi proche de me brouiller avec certains de mes proches que ce jour-là.
    La pluie s'était arrêtée au coup d'envoi, c'était parfait

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  • Eomer
    a répondu
    Très chouette ton article tendreg merci du partage.

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  • roicip
    a répondu
    Je me souviens aussi de la journée interminable avant d'aller au stade. J'étais en plus entourés de gens qui ne s'intéressaient pas du tout au foot, encore moins à l'OL. Ils ne comprenaient pas mon irritation et mon désintérêt total pour les conversations sur la météo et la politique (le lendemain, c'était Chirac-Le Pen). Je pense que j'ai jamais été aussi proche de me brouiller avec certains de mes proches que ce jour-là.

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  • pologolo
    a répondu
    Envoyé par Upe Voir le message

    Oui la réforme c'était en 2017 je crois; les calendriers actuels sont pourris (exit aussi le "miroir" phase aller-phase retour (J2-J20, J3-J21...).

    Si on a demandé à se déplacer en J1, est-ce par peur du revival 'pelouse pourrie, merci Johnny' ? :)
    (je me souviens qu'en 2003, 2004 etc., les polémiques c'était "Aulas dirige la Ligue, la preuve l'OL recevra en J38.." => finalement on a chopé quelques titres bien en avance de la J38.. dans la gueule de tous ces cons!!!)



    PS. Merci pour l'article tendreg ! J'aimerais bien voir la "réunion des 20 ans.."!!!
    C'était pas une tradition justement que le champion se déplace en 1ère journée ?

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  • whiteshark38
    a répondu
    Merci à vous tous pour ce rappel nostalgique.

    Pour ma part cette journée a commencé bien tôt, excité comme jamais pour un match de foot à 5h30 j'étais déjà debout.
    je ne me souviens plus trop de l'avant match, sauf d'une atmosphère particulière au abord du stade. Une confiance inébranlable que ce soir nous serons champions, bien aidé par notre victoire en coupe de la ligue.

    Placé au virage nord inférieur où j'étais abonné je me souviens que j'avais dit à ma future femme lors de l'échauffement des lensois qu'ils avaient peur. Cela se lisait dans leurs attitudes leur regard.

    Quelle ambiance magnifique que ce soit avant pendant ou après match ou j'achetât en tout hâte une bouteille de pseudo champagne dans une épicerie proche de Gerland, qui a la première gorgé à même la bouteille me ressorti par les trous de nez.
    ahh mes 20 ans...

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  • Upe
    a répondu
    Ca fait hyper plaisir de lire tout ça!
    Quelques belles anecdotes :)


    Envoyé par stadier Voir le message
    Du coup vu que c'est l'anniversaire aujourd'hui, il y a 21 ans l'OL gagnait son premier trophée depuis 24 ans avec la Coupe de la Ligue remportée face à Monaco.

    Pour avoir été de la partie le 4 mai 2002 et le 5 mai 2001, je sais pas si on aurait remporté le premier titre si on avait pas était chercher cette coupe de la Ligue en prolongations l'année d'avant, l'OL devient une équipe de gagneurs cette année là. En 2001/02 y a beaucoup de doutes sur la saison, c'est éprouvant nerveusement, le fait d'être derrière Lens, la décéption et l'energie laissées en C1, le retournement de situation contre Bruges qu'on enchaine avec la claque à Liberec, Sonny qui est pas mal blessé, la contestation de Santini et son comportement parano. Le groupe aurait pu lacher, mais non quand arrive le jour du match contre Lens, tu sens que les mecs y peut rien leur arriver.

    La différence avec les joueurs l'an dernier qui terminent 4èmes...

    Enfin du coup, si vous avez, comme moi, eu la chance de faire Stade de France le 05/05/01 et Gerland le 04/05/02, j'espère que Laville que Sonny vient chercher en civil avec ses béquilles, Coupet qui rend hommage à Borelli, l'Abbé Pierre interviewé par France Television sous l'oeil de Marie-Georges Buffet, Caçapa qui se débat avec les filets et Müller qui aurait échappé au XV all black entier dans sa course de célébration du but de la victoire, ça vous rappelera de beaux et bons souvenirs.
    J'ai toujours pensé ça; en tous cas, à l'époque, je me suis dit : "ça y est, ils savent gagner". On sentait une montée en puissance sportive. Même au stade... le 1er "qui ne saute pas" sur tout le stade pour OL-Strasbourg 2001, tu sentais que ça passait un cap.

    Et début 2002, je dis à un pote (j'étais au collège) : "tu vas voir, s'ils gagnent ce titre, ils vont en gagner 5 de suite". C'était un peu ambitieux, arrogant, prétentieux, car à l'époque personne ne réussissait à conserver son titre...




    Envoyé par stadier Voir le message

    Ca date d'à peine quelques années le fait de ne plus jouer la même équipe lors de la première et la dernière journée donc je m'en rappelle, je crois pas qu'on ait perdu contre la même équipe dans cette configuration à part le Havre en 1991/92 d'ailleurs (si maleante veut bien confirmer).

    Ce que je voulais dire c'est qu'en fait le logiciel avait tiré Lens et Lyon pour s'affronter lors de la première et la dernière journée suite à des demandes spécifiques de l'un et/ou de l'autre, je crois que c'était l'OL d'ailleurs qui pour des raisons particulières ne souhaitait pas commencer la saison à domicile (comme on l'avait fait les 2 saison pécédentes) et c'est ce qui a fait qu'on s'est retrouvés avec un OL /Lens, qui aurait pu ne pas être tiré au sort.

    La première journée de L1 2001/02, j'étais allé voir Placebo aux Nuits Electriques de Fouvière et on m'avait donné le score en revenant. C'est lors de ce match qu'on fait rentrer un jeune du nom de Bryan Bergougnoux qui sera champion de France par la même occasion, lui qui regardera le match retour en tribunes après être venu en métro et rentrera de la même manière.
    Oui la réforme c'était en 2017 je crois; les calendriers actuels sont pourris (exit aussi le "miroir" phase aller-phase retour (J2-J20, J3-J21...).

    Si on a demandé à se déplacer en J1, est-ce par peur du revival 'pelouse pourrie, merci Johnny' ? :)
    (je me souviens qu'en 2003, 2004 etc., les polémiques c'était "Aulas dirige la Ligue, la preuve l'OL recevra en J38.." => finalement on a chopé quelques titres bien en avance de la J38.. dans la gueule de tous ces cons!!!)



    PS. Merci pour l'article tendreg ! J'aimerais bien voir la "réunion des 20 ans.."!!!

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  • tendreg
    a répondu
    Envoyé par stadier Voir le message

    Ca date d'à peine quelques années le fait de ne plus jouer la même équipe lors de la première et la dernière journée donc je m'en rappelle, je crois pas qu'on ait perdu contre la même équipe dans cette configuration à part le Havre en 1991/92 d'ailleurs (si maleante veut bien confirmer).

    Ce que je voulais dire c'est qu'en fait le logiciel avait tiré Lens et Lyon pour s'affronter lors de la première et la dernière journée suite à des demandes spécifiques de l'un et/ou de l'autre, je crois que c'était l'OL d'ailleurs qui pour des raisons particulières ne souhaitait pas commencer la saison à domicile (comme on l'avait fait les 2 saison pécédentes) et c'est ce qui a fait qu'on s'est retrouvés avec un OL /Lens, qui aurait pu ne pas être tiré au sort.

    La première journée de L1 2001/02, j'étais allé voir Placebo aux Nuits Electriques de Fouvière et on m'avait donné le score en revenant. C'est lors de ce match qu'on fait rentrer un jeune du nom de Bryan Bergougnoux qui sera champion de France par la même occasion, lui qui regardera le match retour en tribunes après être venu en métro et rentrera de la même manière.
    Te lire me donne des frissons ... merci !

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  • stadier
    a répondu
    Envoyé par inlandsis Voir le message

    Pour le calendrier, à l'époque tu jouais la même équipe à la première et à la dernière journée.
    J'étais à Bollaert pour la première journée, la seule fois de ma vie dans ce stade.
    On perd 2-0 avec 2 buts dans la première demi-heure...
    C'est aussi le premier match de ton idole Juninho avec l'OL.
    Ce soir là, impossible de penser que quelques mois plus tard on allait coiffer les lensois au poteau.
    Ca date d'à peine quelques années le fait de ne plus jouer la même équipe lors de la première et la dernière journée donc je m'en rappelle, je crois pas qu'on ait perdu contre la même équipe dans cette configuration à part le Havre en 1991/92 d'ailleurs (si maleante veut bien confirmer).

    Ce que je voulais dire c'est qu'en fait le logiciel avait tiré Lens et Lyon pour s'affronter lors de la première et la dernière journée suite à des demandes spécifiques de l'un et/ou de l'autre, je crois que c'était l'OL d'ailleurs qui pour des raisons particulières ne souhaitait pas commencer la saison à domicile (comme on l'avait fait les 2 saison pécédentes) et c'est ce qui a fait qu'on s'est retrouvés avec un OL /Lens, qui aurait pu ne pas être tiré au sort.

    La première journée de L1 2001/02, j'étais allé voir Placebo aux Nuits Electriques de Fouvière et on m'avait donné le score en revenant. C'est lors de ce match qu'on fait rentrer un jeune du nom de Bryan Bergougnoux qui sera champion de France par la même occasion, lui qui regardera le match retour en tribunes après être venu en métro et rentrera de la même manière.

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  • inlandsis
    a répondu
    Envoyé par stadier Voir le message
    Y a plein de trucs autour de ce match, c'est ce qui le rend encore plus extraordinaire. Le fait que ce soit la finale d'un championnat est dèja en soit quelque chose de fabuleux, même si Arsenal en allant s'imposer à Anfield en 1989 pour ête sacré au nombre de buts marqués grâce au but de Michael Thomas dans les arrêts de jeu, au niveau de la dramaturgie c'est au dessus de l'OL, leur attente de 18 ans pour le titre est en revanche pas au niveau du fait que pour l'OL se soit le premier.

    Il me semble que j'avais lu qu'à la base ce match n'aurait pas du avoir lieu à la 34ème journée, mais que suite aux demandes des clubs en début de saison sur les dates et le fait de commencer à doicile ou à l'extérieur, c'est finalement ce qui s'est produit.

    Il y a aussi Bak qui est sûr d'être champion au début du match quel que soit le score, et qui marque. Sans parler de Aulas et Martel qui sont potes, Laigle qui est lensois marque contre son club et on a Delmotte qui joue aussi à l'OL après des années à Lens, Carrière lui fera le chemin inverse, Joel Müller entraineur lensois avait joué à l'OL, plus surprenant, même si je n'arrive pas à trouver la confirmation il m esemble que Jacques Santini se retrouvera sur le banc lensois pour un match nul à Borderaux en remplacement de Jean-Guy Wallemme licencié comme entraineur.
    Pour le calendrier, à l'époque tu jouais la même équipe à la première et à la dernière journée.
    J'étais à Bollaert pour la première journée, la seule fois de ma vie dans ce stade.
    On perd 2-0 avec 2 buts dans la première demi-heure...
    C'est aussi le premier match de ton idole Juninho avec l'OL.
    Ce soir là, impossible de penser que quelques mois plus tard on allait coiffer les lensois au poteau.

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  • inlandsis
    a répondu
    Envoyé par stadier Voir le message

    Laigle était plus un relayeur à vocation défensive qu'un vrai 6. Et à la décharge de Santini, c'était l'époque qui voulait ça. La France est championne du monde avec un système à 3 milieux défensifs, la Juventus joue ses 3 finales de suite entre 96 et 98 avec 3 milieux défensifs, le Real aussi en 98 après c'est évident que la qualité des joueurs intervient aussi quand t'alignes redondo et Seedorf sur ton milieu à 3 ça fait moins défensif que Laigle-Linares-Violeau, si tu t'appelles manchester United et que tu mets Scholes-Butt-Keane-Beckham au milieu on te traite pas de défensif, mais encore une fois c'est le talent plus que le profil des joueurs qui donne cette impression.

    Santini a malgré tout bien réussi ses 2 ans alors qu'à la base on attendait, dèja à l'époque, un nom sur le banc de l'OL, et que sa nomination avait été encore plus contestée que celle de Genesio. C'est pas un mauvais bougre mais sa personnalité rigide rendait les choses difficiles, les embrouilles qui manquent de finir en bagarre avec dhorasso et surtout Vairelles (dhorassoo il prenait une tarte de Santini même à 50 ans il aurait pleuré derrière), la mise au placard sans explications de Bak, la gestion de Juninho. Il refusait aussi de parler à OL Télé. C'était pas super détendu comme ambiance. Mais les mecs vont chercher le titre.
    En parlant de Linares, ce soir là il y avait une banderole "Il faut sauver le soldat Linares" à Jean Bouin, ou Jean Jaurès, je ne sais plus, en tout cas en latérale.

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  • stadier
    a répondu
    Y a plein de trucs autour de ce match, c'est ce qui le rend encore plus extraordinaire. Le fait que ce soit la finale d'un championnat est dèja en soit quelque chose de fabuleux, même si Arsenal en allant s'imposer à Anfield en 1989 pour ête sacré au nombre de buts marqués grâce au but de Michael Thomas dans les arrêts de jeu, au niveau de la dramaturgie c'est au dessus de l'OL, leur attente de 18 ans pour le titre est en revanche pas au niveau du fait que pour l'OL se soit le premier.

    Il me semble que j'avais lu qu'à la base ce match n'aurait pas du avoir lieu à la 34ème journée, mais que suite aux demandes des clubs en début de saison sur les dates et le fait de commencer à doicile ou à l'extérieur, c'est finalement ce qui s'est produit.

    Il y a aussi Bak qui est sûr d'être champion au début du match quel que soit le score, et qui marque. Sans parler de Aulas et Martel qui sont potes, Laigle qui est lensois marque contre son club et on a Delmotte qui joue aussi à l'OL après des années à Lens, Carrière lui fera le chemin inverse, Joel Müller entraineur lensois avait joué à l'OL, plus surprenant, même si je n'arrive pas à trouver la confirmation il m esemble que Jacques Santini se retrouvera sur le banc lensois pour un match nul à Borderaux en remplacement de Jean-Guy Wallemme licencié comme entraineur.

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  • bib69330
    a répondu
    Tres intéressant merci. On sent vraiment que les joueurs étaient soudés et formaient une équipe... cette mentalité nous manque aujourd'hui.

    Super article!

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  • tendreg
    a répondu
    Avec plaisir et voici le lien ....

    https://www.sofoot.com/20-ans-lyon-l...is-514128.html

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  • roicip
    a répondu
    Envoyé par stadier Voir le message
    Merci Tendreg, super interview.
    Oui, j'ai oublié la politesse élémentaire : merci tendreg pour le partage !

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  • stadier
    a répondu
    Merci Tendreg, super interview.

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  • roicip
    a répondu
    Je rejoins l'avis de Warmuz : l'union entre les joueurs, le staff, les supps, la ville était totale. C'est ce qui manque le plus, peut-être.

    On a vraiment eu de la chance de vivre ça.

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  • tendreg
    a répondu
    « CE SOIR-LÀ, C'EST LA DÉLIVRANCE DE TOUT LE PEUPLE LYONNAIS »


    À deux pour un trône. En ce 4 mai 2002, Lyon et Lens s'engouffrent dans un Gerland volcanique pour la seule « finale » de l'histoire de la Ligue 1. Les Sang et Or, leaders, ont deux points d'avance sur les Gones. L'équation est simple. Vingt ans plus tard, les héros du premier titre lyonnais refont le match avec leurs victimes d'un soir ancré dans la mémoire de chacun, mais pas vraiment de la même manière...


    Casting



    Éric Carrière : milieu de l'Olympique lyonnais.
    Christophe Delmotte : défenseur de l'OL.
    Sidney Govou : attaquant de l'Olympique lyonnais.
    Gervais Martel : président du RC Lens.
    Joël Muller : entraîneur du RC Lens.
    Jacques Santini : entraîneur de l'OL.
    Jean-Guy Wallemme : défenseur et capitaine du RC Lens.
    Guillaume Warmuz : gardien du RC Lens.

    ***Une finale improbable
    Warmuz : Ce match, c’était absolument celui qu’il ne fallait pas jouer... enfin pas comme ça. Si tout s’était passé normalement, on aurait dû être accueillis par les Lyonnais en tant que champions, avec une haie d’honneur. À partir du moment où le titre se jouait là-bas, c’était une mauvaise limonade.

    Santini : À la trêve, on n'avait pas du tout coché ce dernier match. On était à 10 points de Lens, nous n'étions plus maîtres de notre destin. Ajoutez à cela notre parcours médiocre en Coupe d'Europe (reversé de la C1 en C3, élimination en 8es de finale par le Slovan Liberec, NDLR), il y a des dizaines d'exemples qui ont jalonné cette saison et nous faisaient dire que l'on ne jouerait pas le titre.

    « Le bouquet final, c'est d'affronter Lyon chez lui à la dernière journée... Dire que c'est juste un ordinateur qui nous met cette équipe-là à ce moment-là. »Jean-Guy Wallemme
    Martel : On aurait dû être champions avant, mais on a loupé des matchs faciles, on a laissé des points à Bollaert, contre Metz par exemple (2-2). Notre meilleur joueur de l'époque, El-Hadji Diouf, était parti au Sénégal et n'était pas revenu pour le match de Metz. Je suis sûr qu'avec lui, on aurait gagné, je lui en veux encore.

    Wallemme : Bien sûr, on a longtemps fait la course en tête, mais Lyon avait aussi un énorme banc. Tu pouvais sortir Anderson pour Luyindula ou pour Govou. Une vraie armada offensive. On n’en avait pas autant. El-Hadji est revenu cramé de la CAN, Daniel Moreira donnait tellement d’énergie qu’il a fini cramé aussi, Bruno Rodríguez arrivait sur la fin de sa carrière...

    Delmotte : La CAN a fait beaucoup de mal à Lens, les Africains à leur retour étaient en perte de vitesse.

    Wallemme : Le bouquet final, c'est d'affronter Lyon chez lui à la dernière journée... Dire que c'est juste un ordinateur qui nous met cette équipe-là à ce moment-là.

    Delmotte : Quand on a 10 points de retard sur Lens, je suis l'un des premiers instigateurs à cocher ce match en expliquant qu'en rattrapant deux points par mois sur Lens, on y arrivera.

    Carrière : Je me souviens d'un match à Lille qu'on a perdu (2-0) où l'on croyait que c'était fini. Dans la foulée, Jean-Michel Aulas avait fait un courrier à chacun de nous pour nous remobiliser. Il avait déjà en tête le dernier match face à Lens. Finalement, on l'avait tous en ligne de mire.



    Santini : Il y a aussi et surtout les 48 heures qui suivent notre élimination en Coupe d'Europe face à Liberec. J'ai réuni les joueurs. Là, on s'est parlé d'homme à homme, plutôt que d'entraîneur à joueur.

    Carrière : Ça avait été très tendu avec les Bad Gones. On avait fait une réunion dans un bar avec Greg (Coupet) et Sonny (Anderson). Il y avait eu une saine explication pour montrer qu'on n'avait pas fait exprès de perdre, qu'on était déçus aussi. Ça a été comme le début d'une union sacrée pour la fin de saison.

    « En cyclisme, le gars qui a 4 minutes d'avance, si à chaque kilomètre, il perd 25 secondes, il va commencer à se dire que l'arrivée n'arrivera jamais. On sentait la fébrilité chez les Lensois. Et Lens a perdu le titre avant ce match... »Éric Carrière
    Santini : Le déclic intervient aussi le week-end où Lens se fait accrocher à Troyes (1-1), et nous, on gagne dans les dernières minutes à Auxerre grâce à Sidney (0-1). Là, mathématiquement, tout devient jouable, mais on ne le dit pas aux joueurs. C'est surtout Lens qui avait la pression, pas nous. Ensuite, il fallait parfois calmer les ardeurs à l'entraînement.

    Carrière : Malgré tout, il ne faut pas idéaliser notre parcours : Lens a perdu beaucoup de points. Tout le monde avait vu le calendrier. On répétait qu'on avait en tête cette dernière journée, ça affecte celui qui est devant. En cyclisme, le gars qui a 4 minutes d'avance, si à chaque kilomètre, il perd 25 secondes, il va commencer à se dire que l'arrivée n'arrivera jamais. On sentait la fébrilité chez les Lensois. Et Lens a perdu le titre avant ce match...

    Warmuz : Il y avait un côté inéluctable à cette saison. On n’a pas su faire ce qu’il fallait avant ce dernier match. On a enchaîné trop de mauvais résultats, de matchs nuls, pour y arriver. Au regard de ce qu’on propose sur les dernières semaines de championnat, on sent qu’il va se passer ça...



    Santini : Je me souviens aussi d'un appel de mon fils quelques semaines avant cet ultime match où il m'annonce que dans L'Équipe, on parle déjà de mon successeur (Paul Le Guen, NDLR) qui avait signé. Je n'en ai même pas parlé à Aulas. Je me remobilise, mon staff était remonté par rapport au club de l'apprendre comme ça. Et tous ensemble, on est allés au bout, ça nous a servi.

    ***Nuit magique... ou pas
    Santini : Dans les quelques jours qui précèdent, physiquement nous étions prêts. Il fallait surtout travailler la fraîcheur mentale. Le jeudi, on est partis comme d'habitude au château de Pizay, dans notre petit cocon. La dernière nuit est vraiment bonne.

    Muller : Alors que chez nous, c'est le boxon...

    Martel : Des fumigènes, des tambours, il est 2 heures du mat' et les supporters lyonnais viennent nous réveiller à l'hôtel. Alerte incendie, on doit sortir, c'est l'bordel.

    « Les supporters lyonnais ont déjà gagné le match. Ils font bien leur boulot, ils viennent perturber la nuit réparatrice des joueurs adverses. Ils ont bien réussi, ça a réveillé tout le monde. »Guillaume Warmuz
    Warmuz : À ce moment-là, les supporters lyonnais ont déjà gagné le match. Ils font bien leur boulot, ils viennent perturber la nuit réparatrice des joueurs adverses. Ils ont bien réussi, ça a réveillé tout le monde.

    Muller : Quand on sait que l'on joue un titre de champion de France quelques heures plus tard, c'est très compliqué de retrouver le sommeil sachant qu'on était déjà quasiment dans le match. C'est la seule fois de ma carrière que j'ai connu ça.

    Warmuz : Ce n’est pas à cause de ça que nous n’avons pas été champions, mais les grandes victoires se jouent dans de petits détails. Et tout ça mis bout à bout... On sentait le peuple lyonnais à l’unisson avec son équipe.

    Muller : C'est sûr que lorsque tu es joueur de haut niveau et que tu joues le titre, tu ne peux pas sortir ça comme excuse.

    Carrière : De nôtre côté, on est plus détendus que tendus. On avait un groupe avec lequel on jouait souvent aux cartes, parfois on était 10 à jouer, deux groupes de 4 et une équipe de 2 qui attendait. Au tirage au sort, on savait qu'il valait mieux ne pas être avec certains. Christophe Delmotte était vraiment bon.

    Govou : Les anciens avaient amené une bouteille de vin, c'était leur rituel, mais je ne faisais pas encore partie de ce noyau avec Greg, Sonny, Philippe Violeau, Delmotte.



    Delmotte : Chaque semaine, c'était un gars différent qui amenait une petite bouteille de rouge la veille de match. C'était vraiment un groupe qui se construisait aussi dans ces moments-là, avec beaucoup de camaraderie.

    Santini : Certains aimaient déroger un peu aux règles et se retrouver à 10-12 dans une chambre. Certains sont allés jouer aux cartes, au billard, etc. Si ensuite ils n'étaient pas bons sur le terrain, ils s'éliminaient d'eux-mêmes de toute façon. Je n'allais pas leur dire de se coucher à 21 heures, s'ils voulaient être champions, ils savaient ce qu'il fallait faire.

    « Chaque semaine, c'était un gars différent qui amenait une petite bouteille de rouge la veille de match. C'était vraiment un groupe qui se construisait aussi dans ces moments-là avec beaucoup de camaraderie. »Christophe Delmotte
    Govou : Cette nuit-là, je dors parfaitement bien, sans pression. Je n'avais peut-être pas conscience de ce que ça représentait. Je n'étais pas depuis très longtemps dans le milieu, du coup je vis les choses tranquillement. Bon après, tout le monde voulait être sur la feuille de match...

    Carrière : La caractéristique de Jacques Santini, c'est qu'il prévenait les joueurs qui n'allaient pas jouer. Il les recevait individuellement.

    Santini : Avec mon staff, on a refait un dernier point, notamment avec Éric Carrière qui avait eu une élongation la semaine précédente. Lui me disait qu'il pouvait tenir 90 minutes, mais évidemment qu'il allait me dire ça...

    Carrière : J'avais raté Bordeaux. Pierre Laigle m'a remplacé et il a filé une passe décisive à Sonny. Finalement, avant Lens, je suis apte, mais comme quelqu'un qui a raté dix jours. Je ne pouvais pas dire à Pierre que c'était un mauvais joueur et que j'étais au-dessus. Il y a du respect pour lui. J'ai de la déception sur le moment, mais j'avais l'expérience de l'année précédente avec Nantes.

    Santini : Marc-Vivien Foé était suspendu, Edmilson était blessé, Eric Deflandre absent pour des raisons persos. Le 11, je l'avais en tête dès le début de semaine. On avait tellement travaillé les schémas avec chacun depuis deux ans que ça coulait.

    Muller : Chez nous, j'avais un groupe responsable. On n'a rien changé dans les derniers jours. Il ne fallait pas mettre de pression supplémentaire. Si on a fait 33 matchs qui nous ont permis de jouer le titre, ce n'était pas le moment de modifier notre manière de faire. Il n'allait pas y avoir quelque chose d'exceptionnel. Plus on est naturel, mieux c'est.



    Carrière : Au-delà de l'aspect individuel, il fallait être champion, même si c'est toujours plus facile à dire qu'à vivre. (Rires.) Je suis cartésien.

    Warmuz : On y croit, on sait qu’il ne nous faut pas grand-chose pour être champions. On a joué nos chances à fond c’est évident, il n’y a aucun gars qui n’a pas cru en nos chances de titre.

    Santini : La seule chose que je change cette semaine-là, c'est la préparation de veille de match. Au lieu de faire la dernière séance sur le petit terrain annexe, on était revenus à Gerland. J'avais une idée derrière la tête dont je n'avais parlé à personne. Si nous étions à 1-1 à 15 minutes de la fin, j'avais imaginé de basculer défensivement sur du un-contre-un avec Chanelet, Bréchet et Caçapa qui auraient répondu présent. Ensuite, je faisais monter Patrick Müller en milieu de terrain parce qu'il avait la qualité de la dernière passe, puis faire sortir un milieu de terrain et amener un dernier renfort offensif. On a travaillé cette séquence pendant une dizaine de minutes sans que personne ne s'en aperçoive. Bon finalement, on n'en a pas eu besoin le lendemain. (Rires.)

    ***Gerland, c'était bouillant
    Muller : Plus on approche du stade, plus on sait qu'en 90 minutes, chacun va jouer un moment décisif de sa carrière. On bascule dans le contexte du match, mais je ne maîtrise plus tout. Quand un joueur se dit « ce soir il ne faut pas que je me rate » , on n'a pas de psychologue pour influer.

    Carrière : C'est la causerie qui lance surtout le début du match. Là, tu sens que ça commence à monter, il n'y a plus de bruit dans le bus.

    Delmotte : On nous passe une vidéo où nos familles nous adressent un message. Ça m'a mis les poils. On a été chamboulés, heureusement qu'il y avait ensuite une grosse demi-heure de bus pour aller au stade, ça nous a permis de replonger dans le match.

    Warmuz : En arrivant à Gerland, ça sentait le soufre et la poudre...



    Santini : C'est la folie dès l'arrivée du bus. Après il y a l'échauffement, l'hommage de Coupet à Caveglia. J'en ai connu des grandes soirées à Gerland, mais là c'est juste au-dessus de la demi-finale de Coupe de la Ligue face à Nantes la saison précédente. C'était énorme.

    « Dix minutes avant le match, j'ai appelé ma femme, je lui ai dit qu'on ne serait pas champions, je ne le sentais pas. Autant je suis très optimiste, mais je ne sentais pas mes mecs. Il y avait de la peur. »Gervais Martel
    Govou : Je n'ai jamais vu Gerland comme ça et je ne l'ai jamais revu ainsi. On entre sur le terrain à l'échauffement, le stade est plein, c'est le feu. Ça m'a galvanisé comme un dingue. On savait d'où on venait, c'était une chance extraordinaire de remonter autant de points pour arriver à cette finale.

    Warmuz : Les Lyonnais avaient mis chaque détail de leur côté. Le moindre brin d’herbe avait été coupé au millimètre pour que le ballon tourne du bon côté, ils avaient enlevé la poussière dans les bureaux, prié à Notre-Dame de Fourvière.

    Wallemme : On pense aussi jouer sur l'ambiance, car ils n’ont jamais été champions, ils sont chez eux, ils veulent absolument gagner ce titre. On pensait les Lyonnais stressés et capables de céder mentalement comme un tennisman qui rate la balle de match.

    Carrière : El-Hadji Diouf passe devant nos supporters et leur fait un doigt d'honneur. Il venait sûrement de se faire allumer par eux. Je suis avec David Linarès et je lui dis que c'est bon pour nous. El-Hadji on le craignait, on savait qu'il avait besoin de se mettre dans une atmosphère conflictuelle, mais là, j'ai trouvé que ce n'était pas un bon signal de sa part.

    Martel : Dans le vestiaire, j'ai senti beaucoup de joueurs fébriles. Je ne vais pas citer de noms, mais je sentais cette atmosphère. Un silence de mort. J'essaye de réveiller les mecs avec mes mots, ça ne marche pas. Dix minutes avant le match, j'ai appelé ma femme, je lui ai dit qu'on ne serait pas champions, je ne le sentais pas. Autant je suis très optimiste, mais je ne sentais pas mes mecs. Il y avait de la peur.



    Muller : Ceux qui sont tout le temps habitués au haut niveau résistent mieux à cette pression. Dans mon groupe, j'avais quelques joueurs qui n'avaient jamais connu ces moments-là.

    Martel : Il y a aussi quelqu'un qui a dit « si on fini deuxièmes, c'est bien quand même » . Il ne faut jamais dire ça dans le sport...

    « Je n'ai jamais vu Gerland comme ça et je ne l'ai jamais revu ainsi. On entre sur le terrain à l'échauffement, le stade est plein, c'est le feu. Ça m'a galvanisé comme un dingue. »Sidney Govou
    Santini : Durant la semaine, les joueurs avaient lu les Lensois dans la presse qui disaient : « Un nul nous suffit. » On sentait la fébrilité de leur côté. Mais il n'en reste pas moins qu'ils avaient un vrai potentiel offensif avec Moreira, Sibierski, Diouf et des joueurs de tête comme Bak et Coly. De mon côté, dans mon discours, je n'avais pas besoin d'en rajouter. Sans dire qu'on revenait de très loin, j'ai juste rappelé aux joueurs qu'on était prêts pour ce type de rencontre. Nous en avions fait des dizaines et des dizaines depuis 1997.

    Carrière : Bien sûr que ton cerveau parfois veut partir en mode « si on gagne, il se passera ça » . Et c'est là où la force collective est importante. Elle dissipe le doute. Je vois des Lensois fébriles et chez nous des gars comme Sonny avec son expérience, Violeau, Delmotte, sûrs d'eux. Dans leur regard, tu savais que ça allait le faire.

    ***Le match d'une vie
    Martel : Le premier quart d'heure, c'est catastrophique...

    Carrière : Je suis sur le banc et je vois Sidney, après sept minutes seulement, accélérer. Il a une force exceptionnelle ; des mecs tombent, lui reste debout.

    Govou : C'était compliqué de me mettre à terre ce soir-là. (Rires.) Je vais chercher le ballon assez bas sur une passe de Bréchet, je me retourne. Il y a Coulibaly que je pousse un peu de mon bras gauche, il me tacle, mais je continue. J'aurais peut-être pu tomber, mais je continue et je frappe. Et Guillaume Warmuz glisse.

    Warmuz : C’est sûrement le seul but de ma carrière que je prends en glissant. Et ça arrive au pire moment. J’ai la responsabilité entière. La frappe n’est pas dingue, j’en ai arrêté des plus dures, mais je suis surpris, je fais un mauvais appui... Quatre ans plus tôt, peu avant que l’on soit champions, on gagne à Metz. Ce soir-là, sur un corner messin, je vais la chercher très loin au point de penalty, je relance et on marque. Je suis l’acteur premier du but. Là, c’est la même chose, mais à l’inverse. Et sur le deuxième, c'est compliqué aussi.



    Muller : J'ai du mal à reconnaître mon équipe. On n'était pas habitués à prendre trois buts à chaque match. D'un point de vue défensif, quand on va jouer le titre à l'extérieur, ce n'est pas possible de livrer ça. Le premier quart d'heure est un cauchemar. On devait éviter de mettre l'OL en confiance.

    « Les gens ne voient que le but, mais à ce moment-là, il y a eu une satisfaction un peu égoïste du coach qui a préparé ça depuis des mois. »Jacques Santini
    Warmuz : Les choses sont déjà tranchées, et j’ai peur que ça fasse beaucoup plus, que ça s’enchaîne. En face, il y avait des artistes. Sonny a souvent marqué contre moi. Nous, on est apathiques, on se prend deux crochets de boxeur.

    Santini : Ce but de Violeau vient d'un schéma que l'on répétait sur deux, trois ballons à chaque entraînement. En cas de débordement, beaucoup de défenses se précipitent dans les 6 mètres ou au point de penalty. Je souhaitais donc qu'un des milieux axiaux soit là pour le deuxième ballon, et Philippe Violeau est au rendez-vous. Il n'avait pas fait ça en 33 matchs et il le fait ce soir-là. Les gens ne voient que le but, mais à ce moment-là, il y a eu une satisfaction un peu égoïste du coach qui a préparé ça depuis des mois.

    Muller : Quand on revient à 2-1, la possibilité d'égaliser est flagrante. L'espoir est de nouveau très important.

    Govou : J'ai un petit moment de peur, je sentais la pression monter.

    Wallemme : On a deux trois, situations que l’on négocie mal, dont une avec Daniel (Moreira) et l’on sent que ça se crispe côté lyonnais, pendant que nous, on joue déjà notre va-tout. Mais derrière, il y a ce troisième but....

    Martel : En plus, c'est Pierre (Laigle, NDLR), formé à Lens, qui tue son ancien club, mais il a joué son rôle, c'est normal.



    Santini : Au retour de vestiaire, on devait repartir le pied au plancher. Ce troisième but, on ne le programme pas, mais il arrive très vite.

    Warmuz : Vu comment le but se produit, je comprends qu’on ne pourra rien faire ce soir-là.

    Wallemme : Dès le départ, on délaisse cette zone gauche, et Pierre prend l’espace. Le connaissant, je savais qu’il n’allait pas me dribbler. Dès qu’il arme, je tacle, c’est contré et ça passe au-dessus de Guillaume.

    « Il y avait toujours une petite partie de nous qui disait qu'on allait revenir. J'aurais aimé que le match dure encore des heures, des jours, des semaines, parce qu'on jouait le titre, quand même. »Joël Muller
    Warmuz : Parfois, il y a des matchs qui sont dingues et où on perd le fil, mais ce sont des épiphénomènes. Là, la logique était lyonnaise.

    Carrière : Les Lensois ont la tête dans le seau.

    Muller : La dernière demi-heure est très difficile. Je souhaite qu'elle dure plus longtemps parce qu'il y avait toujours une petite partie de nous qui disait qu'on allait revenir. J'aurais aimé que le match dure encore des heures, des jours, des semaines, parce qu'on jouait le titre, quand même.

    Carrière : Derrière, on doit faire tourner. Dès que j'entre, je me fait choper par Ferdinand Coly. Entorse de la cheville droite. Je finis le match, mais il n'a clairement pas fait le voyage pour rien. (Rires.)



    Delmotte : Malgré la maîtrise, les minutes ne passent pas. Le chrono, tu as l'impression qu'il est au ralenti.

    Santini : J'étais serein, mais il fallait calmer un peu tout le monde. Deflandre, Foé, tous ceux-là étaient descendus sur le banc. À chaque coup de sifflet de Gilles Vessière, ils pensaient que c'était la fin du match. À partir de la 80e, je ne vais pas dire que c'était gagné, parce qu'on pouvait avoir encore un expulsé ou un blessé, mais ça sentait bon. J'ai aussi permis à Flo Laville de fouler le terrain pour qu'il puisse aussi participer à ce match merveilleux.

    Govou : Je sors, et à 5 minutes de la fin, Sonny se lève déjà, on se tape dans les mains, on sait que c'est purement impossible que ça nous échappe. J'ai envie de sauter partout, je suis excité. J'attends juste le coup de sifflet final pour qu'on s'embrasse tous, qu'on parte en folie.

    Wallemme : C'est assez étrange ces dernières minutes. C’est plié, mais on ne pense pas à la satisfaction de terminer deuxièmes, même si, en début de saison, on n’est pas programmés pour ça. Au coup de sifflet, il y a beaucoup de pensées dans le cerveau, l’ancien Stéphanois qui se dit qu’il aurait pu faire un coup à Gerland, la déception...

    Muller : On devient le spectateur du bonheur des autres. Je fais la bise à Jacques et je rentre aux vestiaires.

    ***Champagne et douche froide
    Govou : Tout le monde est dépassé par les événements, ça devient un bon bordel, le terrain envahi, le podium. Une communion totale, c'est juste top. Toute ma famille et mes potes d'enfance sont là.

    Santini : Avec mon adjoint Alain Olio et un supporter emblématique qui nous a quittés, René, qui était aveugle et suivait tous les matchs à côté de nous, on s'est vraiment congratulés. Ça a duré quelques secondes, mais c'était très intense. J'ai conservé une photo de ce moment que j'ai toujours avec moi. J'ai aussi eu une énorme pensée pour mon papa décédé quelques semaines plus tôt... Il aurait tellement aimé être là. Vingt ans après, j'en suis encore ému.



    Carrière : Je ressens cet énorme complexe de n'avoir jamais été champion, notamment vis-à-vis du voisin Saint-Étienne. Ce soir-là, c'est la délivrance de tout un peuple. Les choses vont très vite. On partage pas mal dans le vestiaire, champagne avec Jean-Marc Chanelet, on est juste heureux. On n'était pas aussi talentueux que les années qui vont suivre, mais notre groupe était équilibré, avec une homogénéité dans l'état d'esprit.

    « Ma mémoire a presque volontairement voulu effacer tous ces moments d'après-match, c'était tellement triste. Il fallait tourner la page, sinon on n'allait plus vivre. »Joël Muller
    Santini : On fait monter Bernard Lacombe sur le podium, il avait aussi grandement contribué à ce titre. Depuis 1987, avec Jean-Michel Aulas, ils parlaient de ça. Tout le monde envahit le terrain, ça me rappelle l'époque des titres avec Saint-Étienne quand j'étais joueur.

    Muller : C'est extrêmement difficile d'entendre la joie et la liesse des autres pendant que nous on est dans le vestiaire. Chacun a conscience de ce que l'on vient de rater. Ma mémoire a presque volontairement voulu effacer tous ces moments d'après-match, c'était tellement triste. Il fallait tourner la page, sinon on n'allait plus vivre.

    Martel : Il y a un silence de mort, on va voir la presse pour assumer. En atterrissant à Lesquin, je suis vite rentré chez moi, je n'avais plus le cœur à rien. Ni d'ouvrir Bollaert comme on me l'avait proposé pour accueillir tout de même les joueurs au retour. J'ai sûrement mal fait, mais j'avais tellement les boules.

    Warmuz : C'était fini et, au fond, c'était inéluctable. J'avais pas mal de potes lensois en face, je suis allé boire une bière et fumer un cigare avec eux, avec Pierre et Christophe pour partager un peu leur joie. Je m'entendais aussi avec Sonny et Greg. Ils m'ont bien accueilli : grâce à nous, ils ont été champions. Forcément, j'étais extrêmement déçu, cela n'enlève rien à ma tristesse. J'ai toujours dit que j'aurais préféré remporter ce titre que de disputer neuf Ligue des champions.

    Muller : Je discute un peu avec les joueurs, mais il n'y a pas grand-chose à dire, la déception est énorme. Moins on en dit, mieux c'est. Ce n'était plus le moment de faire des commentaires sur la rencontre ou sur la saison. La déception la plus importante est aussi sur le fait de ne pas avoir pu apporter un grand bonheur à tout le peuple lensois.

    Santini : Dans notre vestiaire, c'est tout le monde sous la douche, Jean-Michel Aulas aussi. C'est le souhait de tout président lorsqu'il gagne un titre. (Rires.) Le cigare ? C'était le deal avec les dirigeants lyonnais. En 2001, avec la Coupe de la Ligue, on l'avait fait. Des bulles aussi, mais pas de la San Pellegrino.

    Govou : Je n'avais jamais vu le président comme ça, à finir dans le bain, noyé. À ce moment-là, je ne pense pas une seconde à la détresse des Lensois. Je n'ai pas dû y penser pour eux avant l'année suivante. (Rires.)

    Delmotte : C'est l'une des plus grosses fêtes que j'ai pu faire dans ma vie de footballeur. Il y avait tellement de gens que tu aimais qui étaient là, c'était dingue. On avait déjà fait des troisièmes mi-temps ou des repas pendant la saison, mais là, c'est vraiment énorme.

    Santini : Ensuite, on enchaîne avec le balcon de l'hôtel de ville, alors que ce n'était pas prévu, puis dans une discothèque sur une péniche, le Fish. Avec la folie, tout le programme a été décalé de deux heures.



    « Tu vois des mecs que l'on n'a jamais vus comme ça en soirée. Avec Éric, on ne se côtoyait pas forcément en dehors niveau soirées et là, on a tous fini bouillis avec très peu de lucidité dans les yeux de chacun. Je crois même que ça s'achève à l'aube. »Sidney Govou
    Govou : Le Fish, c'est le feu, tu lâches tout. Tu te dis que tu t'es levé chaque matin pour ça. Tu vois des mecs que l'on n'a jamais vus comme ça en soirée. Avec Éric, on ne se côtoyait pas forcément en dehors niveau soirées et là, on a tous fini bouillis avec très peu de lucidité dans les yeux de chacun. Je crois même que ça s'achève à l'aube.

    Carrière : Si je ne me trompe pas, on termine aux Halles avec Peguy (Luyindula) et Sidney, au Ricard, à 6 heures du mat'. Durant la saison, je faisais très peu de fêtes sinon j'avais tendance à me blesser rapidement. Quand il y avait une soirée entre joueurs, soit je n'y allais pas, soit j'étais très raisonnable. J'avais l'image d'un mec qui aime déconner, mais qui est très sérieux. C'est comme s'ils m'avaient découvert sur cette fin de soirée.

    Delmotte : Et le lendemain, resto à nouveau. C'était comme un lendemain de mariage. La fête ne s'arrêtait jamais. Et après, on est partis plusieurs jours à Saint-Tropez.

    Santini : Le début de semaine est compliqué pour moi. Dès le lundi, j'ai rendez-vous avec Jean-Michel Aulas dans son bureau de la Cegid, où je sais qu'on traite les dossiers brûlants. C'est notre relation interne, mais aujourd'hui encore personne ne sait pourquoi je n'ai pas continué. Ça a un peu entaché le titre. Sincèrement, ce groupe-là, sachant que Mahamadou Diarra allait nous rejoindre, je voulais continuer encore un ou deux ans avec. Quand on arrive à Saint-Tropez, où je descends avec ma voiture perso, je l'annonce aux joueurs, au moins c'était clair.

    Carrière : Le titre, on est allés le chercher pour nous tous, pas forcément pour Jacques. Mais il a réussi à faire converger les intérêts de chacun vers un but commun, c'était forcément dommage que ça s'arrête ainsi.

    Govou : À Saint-Tropez, c'est encore plus la fête, on n'a pas grand-chose à faire hormis manger et faire le tour des boîtes. Je n'ai même pas trop le temps de redescendre de tout ça, après, avec Brech' on part au championnat d'Europe espoirs.

    ***En ce temps-là y avait 20 ans
    Martel : Ça reste une grosse déception. Si on prenait ce deuxième titre quatre ans après le premier, on était lancés. Même si la saison qui suit, on fait une belle campagne de Ligue des champions avec un groupe fou où l'on bat l'AC Milan, où on fait nul au Bayern Munich. Finalement, on a mis le pied à l'étrier à Lyon qui a enquillé sept titres d'affilée.

    Muller : Sur le coup, je me suis dit que j'étais maudit, car en 1998, j'avais perdu le titre aussi à la dernière journée avec Metz. Avec le temps, la déception ne sera jamais oubliée. Mais depuis, Lens n'a plus jamais joué le titre. Ça revalorise notre saison. Ce qu'on a fait n'était pas courant.

    « Dans une carrière de joueur, il y a des chances, il ne faut pas les laisser passer. Un tel scénario ne s'est jamais produit, c'est aussi pour ça que ça reste gravé dans les mémoires. »Guillaume Warmuz
    Warmuz : Dans les semaines qui ont suivi, ça a été très dur, je cherchais à comprendre ce qu’il s’était passé, je me repassais le film sans cesse. Dans une carrière de joueur, il y a des chances, il ne faut pas les laisser passer. Un tel scénario ne s'est jamais produit, c'est aussi pour ça que ça reste gravé dans les mémoires. Pour moi, c'est un titre qui me manque, même 20 ans après. J'aurais dû être champion une deuxième fois avec Lens...

    Santini : D'une manière générale, je pense à toutes mes années lyonnaises où je suis passé de simple observateur de match à la direction du recrutement, puis directeur sportif et entraîneur. Ce titre était aussi la face cachée de l'iceberg. Derrière, c'était le centre de formation, l'obstination de Jean-Michel Aulas, la détermination de tout un club. Avec Sonny, il y a quelques semaines, on a passé le match face à West Ham ensemble et on ne parlait que de ce premier titre. Enfin, même pas besoin de parler, les yeux parlent d'eux-mêmes, les émotions reviennent. On est tous liés.

    Carrière : Il reste les liens qui nous unissent. On l'a dans les tripes, quand on se voit, on sait ce qu'on a traversé. Dans quelques jours, on doit fêter les 20 ans. On risque de finir sûrement à 6h du matin à refaire le monde...

    Govou : C'est le plus marquant de mes titres à Lyon, il n'y a pas de doute. C'est mon premier, le premier pour le club. On m'en parle encore régulièrement. À Lyon, chacun se souvient où il était ce 4 mai 2002.

    PROPOS RECUEILLIS PAR FLORENT CAFFERY


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