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[OL] Articles de presse : Saison 2020/2021 (sans blabla)

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    issu du journal


    Sinaly Diomandé (OL) : « Je ne pouvais déjà pas manger... »




    Le défenseur lyonnais Sinaly Diomandé, pas toujours nourri à sa faim, raconte les difficultés de son ascension météorite.



    Sinaly Diomandé pose pour notre photographe. (A. Martin/L'Équipe)



    Hervé Penot 19 février 2021 à 00h10
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    Du quartier de Yopougon, à Abidjan, à l'OL, le monde de Sinaly Diomandé, 19 ans, s'est agrandi à une vitesse supersonique. Arrivé à l'été 2019 en provenance de l'Académie de Jean-Marc Guillou en Côte d'Ivoire, où il n'a jamais disputé de rencontres officielles, l'Ivoirien s'est déjà installé dans le groupe pro. L'absence récente de Jason Denayer a même propulsé titulaire celui dont les idoles se nommaient Sergio Ramos et Kolo Touré. Le défenseur nous raconte son parcours hors norme...


    « Comment s'est passée votre enfance en Côte d'Ivoire ?



    C'était un peu compliqué... Mon père avait trois femmes, je suis le dernier de la première, qui a eu sept enfants ; la deuxième en a eu cinq ; et la troisième, trois. Et elles ne s'entendaient pas toujours... Nous vivions tous ensemble dans une cour commune (1), moi dans une pièce avec mes quatre frères. Et comme j'ai décidé d'arrêter l'école en CM1 pour faire du foot, ça a fâché mon père. Il ne me donnait plus rien, notamment pour manger, je me débrouillais avec des grands frères ou des amis du quartier.

    (1) Ce sont des cours délimitées par des habitations assez précaires dans des quartiers populaires.


    C'était tendu avec votre père ?



    C'était un peu dur... Je regardais un match de foot, il éteignait la télé. Dans le couloir, quand on se croisait, on se regardait mal.... Mon frère a dit un jour : "Il vaut mieux quitter..." (partir)

    « Des fois, je faisais la sieste car ça permettait d'arriver plus vite au seul repas de la journée »





    Mangiez-vous toujours à votre faim ?



    Le soir, il y avait toujours à manger et ma mère faisait le maximum. Mais le matin ou le midi... Des fois, je faisais la sieste car ça permettait d'arriver plus vite au seul repas de la journée. J'avais 14-15 ans. Mon père, menuisier-maçon, voulait que je travaille la mécanique pour rapporter des sous. Mais ce n'était pas mon truc de réparer des voitures le matin et d'aller jouer dans mon petit club de quartier l'après-midi. On a besoin de se reposer dans le foot, et de manger.




    Et vos équipements ?



    Quand je n'avais pas de chaussures, je partais aider un maçon pour avoir de l'argent et m'en acheter. Je m'occupais du sable, du ciment. Mon aîné a investi ensuite un peu, puis m'en a donné. Et j'ai eu la chance, grâce à lui, de faire la détection de Jean-Marc Guillou au Mali (à l'été 2017). J'ai été pris (il est allé ensuite dans le centre en Côte d'Ivoire) et là, chaque mois, on me donnait 15 000 Francs CFA (23 € environ) et la nourriture ne manquait pas. Les agents de l'Académie m'ont alors parlé d'un voyage en France pour un tournoi (avril 2019). Et voilà comment j'ai été pris par Lyon. Mon coach à l'Académie m'a prévenu : "Quand t'as le ballon, donne-le à Aouar ! Tu défends et tu te replaces." (rire.)



    Étiez-vous intimidé en arrivant ?



    Oui, et comme je suis timide dans la vie... Tu vois les gars à la télé, et d'un coup, tu te retrouves à côté d'eux... Je ne parlais pas au début, sauf aux Africains comme Berto (Traoré) (2). Lui est venu vers moi. Et puis il y a eu Moussa (Dembélé), Jason (Denayer), Maxwel (Cornet)... Là, j'ai pris confiance. J'attendais les heures d'entraînement avec impatience car à la maison, je me sentais seul. Ensuite, tout s'est enchaîné....

    (2) Le Burkinbè est parti à Aston Villa en septembre. Cités plus loin dans l'interview, Moussa Dembélé a, lui, été prêté à l'Atlético de Madrid, avec option d'achat ; Joachim Andersen prêté à Fulha



    Avec notamment votre présence dans le groupe en C1, à Turin, d'abord, et la sélection nationale...



    Ça fait vraiment bizarre... C'est inoubliable. Je voyais Ronaldo de près mais surtout Bonucci. Je l'ai regardé tout le match (1-2, le 7 août) car on m'appelait (Leonardo) Bonucci à l'Académie. Et puis il y a eu l'équipe nationale... Honnêtement, mes larmes ont coulé un peu quand j'ai eu ma première sélection (8 octobre 2020 en Belgique, 1-1)...


    Avez-vous eu peur de ne pas avoir le niveau en arrivant à l'OL ?



    Non, jamais. Sur le terrain, c'est un autre monde. Il n'y a plus de stars. Je suis costaud. Je fais le boulot.



    Osiez-vous "rentrer" dans les stars à l'entraînement ?



    (Rire.) Ben oui ! Et y'a des costauds. Moussa (Dembélé) par exemple. Même quand tu le tapais, il ne parlait pas, t'encourageait même. Ça m'a beaucoup motivé à aller plus fort dans les duels. Les autres, Memphis (Depay), Tino (Kadewere), quand je les touche un peu, ça parle, ça crie mais bon, ce n'est pas mon problème. C'est ce que je vais faire à l'entraînement, je vais le refaire en match. Tout le monde faisait ami avec moi, me parlait pour que je ne leur rentre pas dedans (rire). Mais je devais m'imposer, montrer au coach (Rudi Garcia) que s'il avait un problème en défense, il pouvait compter sur moi.

    « Alors quand je suis arrivé ici, je me suis dit : « Une grande famille m'attend au pays. Faut pas lâcher »





    Tout va tellement vite pour vous...



    Quand je suis arrivé, la première fois, ils m'ont présenté le stade, le musée, je n'avais jamais vu ça. Vous voyez toutes les épreuves surmontées et se trouver ici... Mais je voulais jouer en Europe. J'avais des objectifs. J'ai même failli intégrer la sélection des moins de 17 ans mais ils m'ont dit de payer. Avec quoi ? Je ne pouvais déjà pas manger... Alors quand je suis arrivé ici, je me suis dit : "Une grande famille m'attend au pays. Faut pas lâcher."



    Mais ce n'est pas si simple de changer d'univers...



    Au début, j'ai dit à mon frère que je voulais rentrer. Il faisait froid et mes agents ne me donnaient pas de chaussures. Mon frère a dû me calmer.

    « Rudi Garcia a même dit en début de saison : "Quand votre sponsor vous envoie des chaussures, pensez à Sinaly les gars !" »





    Vous n'aviez pas de chaussures ?



    En fait, je suis arrivé avec celles de Côte d'Ivoire, mais quand les crampons ont été un peu usés, je glissais. J'en ai parlé à Florian Maurice (alors responsable de la cellule de recrutement) et Joachim (Andersen) lui en a donné. Mais lui chausse du 45, je pense, et moi du 44, j'ai joué avec ça pendant trois ou quatre mois. Ensuite, comme j'étais dans le groupe, mes agents s'en sont occupés. Dans le vestiaire, Rudi Garcia - qui ne connaît pas cette histoire, je pense - a même dit en début de saison : "Quand votre sponsor vous envoie des chaussures, pensez à Sinaly les gars !"




    Vous sentez-vous en mission ?


    Oui. Mon objectif c'est de rassembler les trois femmes de mon père qui sont un peu séparées. Je veux rendre tout le monde heureux. Le foot te fait "réussir" plein de vies, je nourris ma famille, ça me fait plaisir de donner des équipements à des potes du quartier, d'aider. Souvent Antho (Lopes) me file des gants. Je dis aux gars : "Quand vous ne portez plus quelque chose, donnez-moi !"



    Quels sont vos rêves aujourd'hui ?


    Je suis super bien ici, dans un grand club. Mais je vois encore plus haut. Et si je dois terminer à Lyon, ce sera avec plaisir. J'ai encore beaucoup à apprendre mais je ne suis pas trop surpris de ce qui m'arrive car je bosse dur. Et je garde la tête haute. Je sais que je viens de très loin... »


    publié le 19 février 2021 à 00h10

    l'Equipe

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